V/m, W/m², µT, DAS : les unités de mesure des ondes
- 07/23/2026
- A la maison, Au travail, Dans ma ville, Ondes & Santé
Lorsque l’on s’intéresse aux ondes électromagnétiques, on rencontre rapidement des unités comme le V/m, le W/m², le µT ou encore le DAS. Ces valeurs peuvent sembler complexes, mais elles sont essentielles pour caractériser une exposition de manière objective. Que vous soyez un particulier souhaitant comprendre un rapport de mesure, un élu en charge de la santé environnementale ou un professionnel intégrant ces paramètres dans un projet, ce guide vous aide à décoder ces indicateurs, à comprendre ce qu’ils mesurent et à les situer par rapport aux principaux niveaux de référence et limites applicables en France.
Pourquoi utilise-t-on plusieurs unités pour mesurer les ondes ?
Les ondes électromagnétiques ne se résument pas à une seule grandeur physique. Selon la fréquence, la source et la situation étudiée, on mesure notamment :
- le champ électrique, exprimé en volts par mètre (V/m) ;
- la densité de puissance, exprimée en watts par mètre carré (W/m²) ;
- l’induction magnétique, exprimée en teslas ou microteslas (T ou µT) ;
- la puissance absorbée par les tissus biologiques, exprimée en watts par kilogramme (W/kg) au travers du DAS.
Ces unités ne sont donc pas interchangeables : chacune répond à une question différente.
Le V/m (volt par mètre) : l'unité du champ électrique
Le W/m² mesure la densité de puissance d’une onde électromagnétique, c’est-à-dire la puissance qui traverse une surface donnée.
Si le V/m décrit l’amplitude du champ électrique, le W/m² exprime la puissance reçue par unité de surface. Ces deux grandeurs apportent donc deux lectures complémentaires d’une même onde dans certaines conditions de propagation.
Qu'est-ce que le V/m ?
Le V/m caractérise l’amplitude du champ électrique en un point donné. Plus la valeur est élevée, plus le champ électrique est important à cet endroit.
On peut, à titre purement pédagogique, comparer le champ électrique au courant d’une rivière : le V/m donnerait une indication de son intensité locale. Cette image aide à comprendre l’idée générale, mais ne doit pas être prise comme une description physique exacte du phénomène.
Comment interpréter les valeurs en V/m ?
Pour les équipements de réseaux de télécommunication et les installations radioélectriques, les niveaux de référence applicables au public varient selon la fréquence, conformément au décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 :
Fréquence | Niveau de référence | Source typique |
900 MHz | 41 V/m | Services mobiles |
1 800 MHz | 58 V/m | Services mobiles |
2 100 MHz | 61 V/m | Services mobiles |
3 500 MHz | 61 V/m | Services mobiles 5G |
Pour situer ces niveaux par rapport aux mesures de terrain : dans les données exploitées par l’ANFR dans le cadre du dispositif national, le niveau global moyen mesuré est passé de 0,7 V/m en 2017 à environ 1,2 V/m en 2024. Ces valeurs restent très inférieures aux niveaux de référence applicables aux services mobiles.
Le seuil de 9 V/m des points atypiques : que signifie-t-il ?
Depuis le 1er janvier 2026, l’ANFR retient un seuil de 9 V/m pour identifier les « points atypiques », c’est-à-dire les lieux où le niveau d’exposition dépasse substantiellement celui généralement observé à l’échelle nationale. Ce seuil était fixé à 6 V/m depuis 2017 ; son évolution a été décidée à l’issue d’une consultation publique afin d’adapter le dispositif au développement des usages et des réseaux mobiles.
À ne pas confondre : ce seuil n’est pas une valeur limite sanitaire. Il s’agit d’un critère technique de recensement et de suivi par l’ANFR, très inférieur aux niveaux de référence applicables aux services mobiles. Lorsqu’un point atypique est identifié, les exploitants concernés disposent de six mois, sous réserve de faisabilité technique, pour prendre des mesures visant à réduire le niveau d’exposition tout en garantissant la couverture et la qualité des services.
Le W/m² (watt par mètre carré) : l'unité de la densité de puissance
Le W/m² mesure la densité de puissance d’une onde électromagnétique, c’est-à-dire la puissance qui traverse une surface donnée.
Si le V/m décrit l’amplitude du champ électrique, le W/m² exprime la puissance reçue par unité de surface. Ces deux grandeurs apportent donc deux lectures complémentaires d’une même onde dans certaines conditions de propagation.
À ne pas confondre : ce seuil n’est pas une valeur limite sanitaire. Il s’agit d’un critère technique de recensement et de suivi par l’ANFR, très inférieur aux niveaux de référence applicables aux services mobiles. Lorsqu’un point atypique est identifié, les exploitants concernés disposent de six mois, sous réserve de faisabilité technique, pour prendre des mesures visant à réduire le niveau d’exposition tout en garantissant la couverture et la qualité des services.
V/m et W/m² : deux lectures reliées en champ lointain
Lorsque les conditions de champ lointain sont réunies et que l’onde peut être assimilée à une onde plane dans l’air, la densité de puissance S et le champ électrique E sont reliés par la relation :
S = E² / 377
Le nombre 377 correspond à l’impédance de l’espace libre, approximation également valable dans l’air. Dans ces conditions, 41 V/m à 900 MHz correspondent à environ 4,5 W/m², et 61 V/m à 2 100 MHz correspondent à environ 10 W/m².
Attention : en champ proche, cette relation simple ne permet pas de convertir directement les grandeurs. Le champ électrique, le champ magnétique et la densité de puissance doivent alors être considérés séparément.
Le µT (microtesla) : l’unité de l’induction magnétique
Le microtesla mesure l’induction magnétique, aussi appelée densité de flux magnétique, notée B. Un microtesla correspond à un millionième de tesla, l’unité du Système international. Dans le langage courant, on parle souvent de « niveau de champ magnétique ».
Dans le domaine de l’exposition du public, le µT est principalement utilisé pour les basses fréquences, notamment pour les champs produits par le réseau électrique à 50 Hz. Pour les radiofréquences, telles que la téléphonie mobile ou le Wi-Fi, on caractérise généralement l’exposition environnementale au moyen du champ électrique en V/m ou de la densité de puissance en W/m².
Pour donner un ordre de grandeur, l’induction magnétique terrestre est d’environ 50 µT en France. Cette comparaison doit toutefois être maniée avec précaution : le champ terrestre est statique, tandis que celui du réseau électrique varie à 50 Hz. Leur fréquence et leurs effets physiques ne sont donc pas directement comparables.
Sources typiques et niveaux d’exposition en µT
Source | Distance | Niveau typique |
Ligne haute tension (400 kV) | Sous la ligne | 1 à 10 µT |
Ligne haute tension (400 kV) | À 50 mètres | < 1 µT |
Plaque à induction | 30 cm | 1 à 10 µT |
Sèche-cheveux | 10 cm | 1 à 50 µT |
Radio-réveil | 30 cm | 0,1 à 1 µT |
Habitat (moyenne) | — | 0,05 à 0,2 µT |
À noter : ces valeurs sont des ordres de grandeur. Elles peuvent varier fortement selon le modèle d’équipement, sa puissance, la distance, la géométrie de la source et les conditions de mesure.
Valeur de référence à 50 Hz
Pour les lieux normalement accessibles au public à proximité des réseaux électriques en courant alternatif, le champ électrique ne doit pas dépasser 5 kV/m et l’induction magnétique associée doit rester inférieure à 100 µT. Ces niveaux sont repris en France dans le cadre réglementaire applicable aux ouvrages électriques.
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence spécialisée de l’OMS, a classé les champs magnétiques d’extrêmement basses fréquences comme « peut-être cancérogènes pour l’être humain » (groupe 2B), principalement sur la base d’études épidémiologiques portant sur la leucémie infantile. À ce jour, aucun mécanisme causal établi ne permet d’expliquer de manière concluante cette association épidémiologique.
Le DAS : une grandeur spécifique aux équipements utilisés près du corps
Le DAS mesure la puissance électromagnétique absorbée par les tissus biologiques, rapportée à leur masse. Il s’exprime en watts par kilogramme (W/kg). Pour le DAS local, la valeur est évaluée sur une masse de 10 grammes de tissus contigus.
Contrairement au V/m, qui caractérise le champ présent dans l’environnement, le DAS décrit l’absorption d’énergie par le corps dans des conditions normalisées d’utilisation d’un équipement radioélectrique.
Les trois DAS affichés en France
Depuis le 1er juillet 2020, la réglementation française impose l’affichage de valeurs de DAS pour les équipements radioélectriques destinés à être utilisés à proximité du corps. Cette exigence d’information du consommateur complète le cadre européen :
- DAS tête : usage du téléphone à l’oreille, limite : 2 W/kg ;
- DAS tronc : téléphone porté près du corps, limite : 2 W/kg ;
- DAS membres : téléphone tenu en main ou porté contre un membre, limite : 4 W/kg.
Ces limites découlent de la recommandation européenne 1999/519/CE et sont reprises en droit français. Le cadre prévoit également une restriction de 0,08 W/kg pour le DAS moyen « corps entier ». La conformité des appareils mis sur le marché relève de la directive européenne 2014/53/UE, dite RED ; en France, l’ANFR assure la surveillance du marché.
Que révèlent les contrôles 2024 de l’ANFR ?
En 2024, l’ANFR a contrôlé 75 téléphones mobiles et 11 autres équipements radioélectriques, soit 86 appareils de 34 marques. Le rapport 2024 porte sur les DAS localisés « tronc » et « membre ».
Type de DAS | Nombre d’équipements testés | Plage mesurée | Valeur médiane | Limite |
DAS tronc | 34 | 0,61 à 2,39 W/kg | 1,09 W/kg | 2 W/kg |
DAS membre | 86 | 0 à 7,05 W/kg | 2,40 W/kg | 4 W/kg |
Les valeurs médianes mesurées lors de cette campagne étaient inférieures aux limites réglementaires. Des non-conformités ont toutefois été identifiées : quatre appareils dépassaient la limite du DAS tronc et neuf celle du DAS membre. Au total, douze modèles ont fait l’objet de mesures correctives, par mise à jour logicielle ou par retrait du marché et rappel des appareils déjà vendus.
Et le DAS tête ? Le rapport 2024 porte sur les DAS tronc et membre, mais les campagnes précédentes de l’ANFR donnent un repère stable : la médiane des valeurs mesurées de DAS tête stagne autour de 0,3 à 0,45 W/kg depuis 2014, très en dessous de la limite de 2 W/kg. Sur les dernières campagnes l’ayant contrôlé, aucun dépassement n’a été constaté.
L’ANFR publie les résultats de ses contrôles en open data. Le DAS déclaré par le fabricant figure également sur l’emballage et dans la documentation du produit.
DAS maximal et DAS réel : le rôle de la qualité de réception
Le DAS affiché est une valeur maximale déterminée en laboratoire dans des conditions normalisées et conservatrices : l’appareil émet à sa puissance moyenne maximale pendant la durée définie par le protocole d’essai. Dans la vie courante, la puissance du téléphone est adaptée en permanence par le réseau.
Dans de bonnes conditions de réception, la puissance émise par le téléphone et donc son DAS réel peut être très inférieure au DAS maximal mesuré en laboratoire. Lorsque la réception se dégrade, notamment en limite de couverture, la puissance d’émission augmente et peut se rapprocher de la valeur maximale.
La qualité de la couverture mobile influe donc directement sur l’exposition liée au terminal. Cette relation constitue l’un des points essentiels à retenir pour interpréter correctement le DAS.
Pourquoi le DAS est-il important ?
Lorsqu’il est utilisé au contact du corps, le téléphone mobile constitue une source importante d’exposition personnelle aux radiofréquences. Sa proximité immédiate explique que l’exposition locale puisse être plus élevée que celle produite par une antenne-relais située à plusieurs dizaines ou centaines de mètres. L’ANSES rappelle que l’exposition due aux stations de base est généralement nettement plus faible que celle liée à l’usage du téléphone lui-même.
Gestes simples pour réduire l’exposition
Parmi les recommandations institutionnelles couramment formulées figurent :
- utiliser un kit mains-libres, de préférence filaire, afin d’éloigner le téléphone de la tête ;
- téléphoner dans de bonnes conditions de réception, afin de limiter la puissance d’émission du terminal ;
- privilégier les messages écrits pour les échanges courts ;
- choisir un modèle affichant un DAS parmi les plus faibles du marché ;
- limiter l’usage du téléphone au contact du corps lorsque cela n’est pas nécessaire.
Tableau récapitulatif : quelle unité pour quelle situation ?
Unité | Grandeur mesurée | Application principale | Exemples de niveaux de référence ou limites |
V/m | Amplitude du champ électrique | Radiofréquences : antennes, Wi-Fi, téléphonie | 41 V/m à 900 MHz ; 61 V/m à 2 100 MHz |
W/m² | Densité de puissance | Radiofréquences en champ lointain | 4,5 W/m² à 900 MHz ; 10 W/m² à 2 100 MHz |
µT | Induction magnétique | Basses fréquences : lignes électriques, transformateurs, électroménager | 100 µT à 50 Hz |
DAS (W/kg) | Puissance absorbée par unité de masse | Téléphones, tablettes, équipements portés près du corps | 2 W/kg tête/tronc ; 4 W/kg membres |
En résumé, le V/m et le W/m² caractérisent l’exposition dans l’environnement, le µT caractérise l’induction magnétique principalement aux basses fréquences et le DAS caractérise la puissance absorbée par les tissus biologiques.
Conclusion : des unités complémentaires pour une évaluation objective
Comprendre les unités de mesure des ondes électromagnétiques V/m, W/m², µT et DAS est essentiel pour évaluer objectivement une exposition et la situer par rapport aux niveaux de référence ou limites applicables. Ces unités ne sont pas interchangeables : chacune répond à une question précise, selon la source considérée, la fréquence et le type d’exposition évalué.
Les maîtriser permet de lire un rapport de mesure avec davantage de recul, de comprendre une évolution réglementaire comme le seuil des points atypiques et de dialoguer sur des bases scientifiques et factuelles.
Sources principales
- ANFR — Seuil des points atypiques fixé à 9 V/m à compter du 1er janvier 2026
- ANFR — Résultats 2024 des contrôles de surveillance du marché des terminaux mobiles
- ANFR — DAS réel / DAS mesuré (maximal)
- ANFR — Le DAS, c’est quoi ?
- Légifrance — Décret n° 2002-775 du 3 mai 2002
- Ministère de la Transition écologique — Champs électromagnétiques basses fréquences
- ANSES — L’exposition aux ondes électromagnétiques en questions
- OMS / CIRC — Champs électromagnétiques et santé